JULIEN FOURNIÉ : TRÉSORS CACHÉS

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Julien Fournié est considéré aujourd’hui comme l’un des représentants les plus prometteurs de la nouvelle génération des créateurs de mode français. Dans son actif, une solide expérience dans des maisons comme Dior, Nina Ricci, Givenchy, Céline ou encore Jean-Paul Gaultier. Créée en 2009, sa Maison de couture du nom éponyme prend un envol assuré et ses collections font l’objet de critiques élogieuses de la part du milieu et des rédactrices telles Suzy Menkes. Le but principal du désigner, outre procurer un véritable plaisir esthétique, est de nous faire réfléchir sur les valeurs essentielles de notre temps, comme la tolérance, la générosité, le droit à la différence. Les défilés de Julien Fournié provoquent souvent de vives polémiques et sont de réelles mises en scène auxquelles on assiste le souffle coupé.

Son travail est précis, minutieux. Le choix de matières, des imprimés, la réalisation des silhouettes, vont toujours vers un même but, donner à la femme un vêtement qui non seulement la sublimera mais se fera aussi oublier pour ne garder que la beauté gracile du mouvement. À cette fin, Julien Fournié fait autant appel aux savoir-faire des métiers de la couture, qui se raréfient aujourd’hui, qu’aux nouvelles technologies, dont son récent projet avec Fashion Labs, qui a été présenté à Los Angeles.

Souhaitant en découvrir d’avantage sur cette Maison de Couture qui ne cesse de faire parler d’elle, nous sommes allés à la rencontre de son créateur qui nous a ouvert la porte vers son univers avec gentillesse…

Julien Fournié est… Non, le mieux c’est qu’il se raconte lui même !


« Être vulnérable à notre époque, est un luxe.

On nous a tellement dit qu’il faut paraître fort,

imperturbable, parfait,

alors qu’il n’y a rien de plus beau que l’imperfection… »

Julien Fournié


 

Jeune, vous étiez déjà un passionné de dessin. Votre intérêt pour la mode, quand a-t-il débute ?

Très tôt aussi. En regardant mes parents qui sont très élégants et aiment s’habiller. Mon père avait sa boutique d’opticien place de la Madeleine, et chaque matin il partait au travail impeccablement paré. Je me souviens de son costume prince de galles, de son nœud de cravate impeccable. Ma grand-mère était une corsetière, mon grand-père tanneur. Alors, la mode pour moi est une affaire familiale, j’ai toujours baigné dedans.

Quel est votre premier souvenir mode ?

J’avais trois ou quatre ans, et on traversait la rue avec ma maman, elle me tenait la main et la mousseline de sa robe me caressait le visage… J’ai trouvé ça tellement doux et agréable, que je me suis imaginé, plus tard, faisant les mêmes robes.

Devenir couturier était donc votre rêve ? Alors pourquoi avoir choisi la voie de la médecine en premier lieu ?

C’est vrai, j’ai fait de la médecine car j’ai eu très envie de faire cela. Les connaissances en psychologie que ces études m’ont apportées, m’aident beaucoup dans mon métier. Il faut dire que d’avoir sa maison de couture, c’est beaucoup de travail, de rigueur, c’est de l’abnégation. Il faut s’occuper de l’équipe, la motiver, la dynamiser, et pour ce faire il faut savoir parler aux gens, communiquer avec eux, les comprendre. Aussi, grâce à ma formation en médecine, je sais planifier et organiser les choses comme il faut, faire attention aux détails, ce qui fait que mes collections sont prêtes dans les temps, sans hâte ni stress, et mes défilés commencent à l’heure (rires).

Quelles souvenirs gardez-vous de vos études à l’Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne ?

C’était formidable ! J’ai adoré faire des études dans cette école. Pour moi, il y a deux écoles de mode qui comptent à l’heure actuelle à Paris, c’est l’Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne et l’Atelier Chardon Savard, où je donne des cours d’illustration et des master classes.

Il est donc important pour vous qu’il y ait une transmission de savoirs ?

Oui, j’aime bien sortir de mon atelier et de mon bureau de style pour sentir cette nouvelle jeunesse créative. La mode c’est quelque chose qu’il faut transmettre. Si je peux donner l’envie aux jeunes créateurs d’aller vers cette voie-là, de créer leurs Maisons – pourquoi pas ?

Vous avez travaillé pour des Maisons comme Nina Ricci, Christian Dior, Givenchy, Céline, Jean-Paul Gaultier… Laquelle de ces expériences vous a le plus marqué ?

Travailler pour les grandes Maisons permet de définir ses propres goûts et envies, mais aussi comprendre de quoi on est capable. L’expérience dans chacune de ces maisons m’a apporté quelque chose de nouveau. Par exemple, chez Dior, aux côtés de John Galliano, j’ai appris ce que c’est que la « folie creative », tandis qu’auprès de Jean-Paul Gaultier j’ai pu voir comment on peut transformer la légèreté et la fantaisie en un vrai business ! Ces gens-là, ce sont les génies de la création. En ce qui concerne Claude Montana, il m’a appris une certaine rigueur dans la création des modèles. Il a une vision architecturale de la structure des vêtements, le sens absolu des proportions. D’ailleurs j’ai un souvenir très précis avec lui. Je me souviens, il est arrivé à un essayage, pas très en forme, il a jeté un œil sur un des modèles, un trench, et il a dit : « Bon, on enlève deux centimètres en bas, en ourlet, deux de là, et il faut remonter l’épaule d’un centimètre. » Il l’a décidé comme ça, à l’œil, et nous avons vu que tout de suite le modèle s’est totalement transformé, il s’est contrebalancé, s’est équilibré, il est devenu tel qu’il devait être ! Dans ce sens-là, Claude Montana est irremplaçable. Il nous manque. Quand il est venu à mon avant dernier défilé, j’ai été très heureux qu’il soit là.

Vous entretenez des rapports amicaux avec lui ?

Oui, j’ai ce privilège, et je l’aime beaucoup. Malheureusement, on ne se voit pas très souvent, mais quand ça arrive, c’est toujours un plaisir.

En 2000, vous avez reçu le Prix Moët & Chandon dans le cadre des Paris Fashion Awards, et en 2010, le Grand Prix de la Création de la Ville de Paris. Quel impact ces prix ont-ils eu sur votre carrière ?

Le premier prix – qui m’a été attribué pour la création d’un accessoire – m’a permis par la suite de travailler chez Givenchy, aux côtés d’Alexander McQueen. Et c’était génial !

Était-ce difficile de commencer à voler de ses propres ailes dans un domaine aussi fermé que la Haute Couture ?

Il faut dire qu’on ne crée pas sa maison de couture comme ça, du jour au lendemain. Pendant dix ans j’ai touillé, entre guillemets, pour les autres maisons. J’ai eu la chance, à 28 ans, de devenir le DA de la maison Torrente. Ce n’était pas si évident, car j’étais jeune. Mais c’était incroyable ! J’ai été amené à travailler avec les ateliers et les fournisseurs, j’ai appris à gérer l’équipe. Cette expérience m’aide beaucoup aujourd’hui, dans le sens ou je travaille avec les gens qui dépendent de moi et du succès de mon entreprise. Mon but est de créer pour eux les meilleures conditions, la meilleure ambiance de travail.

On dit que l’appellation « Haute Couture » est très difficile à obtenir pour une Maison de Couture. Comment en a-t-il été pour vous ?

J’ai mis deux ans et demi pour l’avoir. J’ai eu la chance d’avoir le soutien de la Fédération et son président, Didier Grumbach. Il faut savoir que la Haute Couture est un cercle très fermé, très sélectif, difficile à adhérer. Il faut répondre à des critères qui sont très pointus. Il est, entre autres, nécessaire d’avoir des ateliers parisiens, un certain nombre d’employés, défiler deux fois par an, produire en France et développer son business (accessoires, PAP, etc.) Pour l’instant, je ne suis qu’un membre « invité » de la Fédération. Pour devenir membre permanent, il faudra que je bosse encore (rires).

En parlant de leurs griffes, beaucoup de créateurs soulignent l’importance de bien s’entourer ?

Oui, c’est d’une importance capitale. Quand on a sa propre Maison de Couture, on a la chance de choisir les gens avec qui on travaille. Les gens en qui on a confiance. On choisit « sa famille ». Mais pour pouvoir s’entourer de personnes fiables, il faut être fiable soi-même. En ce qui me concerne, je suis quelqu’un de fidèle, en amitié comme dans le travail. Il y a des gens avec qui je travaille depuis dix ans déjà ! J’ai le même directeur général, Jean-Paul Cauvin, le même coiffeur, le même maquilleur pour les présentations. C’est normal, si tu as une bonne relation avec les gens, tu as envie de les garder. Bien sûr, ça ne colle pas toujours avec tout le monde, il y a ceux qui passent et ceux qui restent dans ta vie. Et ceux qui restent, deviennent ta famille. Surtout, dans la mode. Il faut avouer que la mode est avant tout un business ou sont impliquées des sommes d’argent monstrueuses. Chaque saison est un nouveau défi. On remet sa tête sur le billot. Et on ne peut pas avancer sans une confiance absolue en ceux qui travaillent avec toi.

D’ailleurs, combien de personnes travaillent avec vous en permanence ?

En période normale, on est sept ou huit. En période de collections, ça peut monter jusqu’à quarante. Cela dépend des périodes mais aussi des commandes. Pour les broderies, par exemple, je fais appel, en dehors de la Maison Lesage, à des brodeuses qui viennent travailler à mon atelier. J’aime beaucoup voir comment elles travaillent ! C’est peut être mon petit défaut, mais j’ai parfois du mal à déléguer, j’aime être là pour voir comment ça se passe… On est pour l’instant une petite structure, mais je préfère donner à cette structure un développement organique, developer mon business step by step, sans me précipiter, sans forcer.

photo Julien Fournié©MSW / Illustration Julien Fournié pour BORN IN fashion

photo Julien Fournié©MSW / Illustration Julien Fournié pour BORN IN fashion

Comment définiriez vous le concept de votre maison ?

Mademoiselle Chanel a libéré les femmes du corset, Yves Saint Laurent leur a offert la silhouette masculine, et moi, j’essaie au contraire de leur rendre leur vulnérabilité, leur féminité, leur faiblesse…Être vulnérable à notre époque, est un luxe. On nous a tellement dit qu’il faut paraître fort, imperturbable, parfait, alors qu’il n’y a rien de plus beau que l’imperfection… Si vous avez remarqué, je choisis toujours des mannequins atypiques. J’aime les filles qui sont un peu différentes. Chaque défilé est conçu comme un spectacle dans lequel elles jouent un rôle. Par exemple, dans le défilé « Les Premières Chimères », elles devaient imaginer qu’elles montaient sur l’échafaud, dignes et solennelles comme des princesses. On a choisi la musique en fonction. D’ailleurs, j’ai fait de la musique pendant un moment, c’est ma grande passion. Je m’occupe toujours personnellement, aidé par Jean-Paul, mon directeur général, des mix pour mes défilés. Pour moi c’est très important, car la musique aide à créer l’émotion.

Avez-vous un petit truc en particulier ?

Peut-être les dos de mes robes. J’adore ce détail ! C’est quelque chose que je travaille énormément, que je soigne. Parfois, malheureusement, les femmes me disent : « Ils sont sublimes, les dos, mais devant, il ne se passe pas grand chose ! » (Rires) Certaines clientes vont même me dire : « Écoute, tu me fais la même chose, mais devant ! » Mais je ne m’en formalise pas, au contraire, je comprends aussi leur point de vu. Certaines femmes aiment être remarquées au premier regard, d’autres sont plus discrètes, j’aime l’idée que l’on puisse se retourner sur elles et être happé par ce que l’on n’imaginait pas, ça fait partie des « trésors cachés »…

Lorsque l’on parcoure vos collections, à bien y regarder, vous avez un penchant pour l’Asie, le Japon ?

J’ai toujours aimé cette culture : les geisha, les samouraï, les manga, etc. Le film hong-kongais « In the Mood for Love » de Wong Kar-waï m’a bouleversé à l’époque. Et les femmes asiatiques ? Ce sont des chef-d’œuvres, avec leur peau parée de blanc, leurs bras longs et fins, leur cou, leur grâce… Si vous avez remarqué, j’aime les silhouettes longilignes, à la Modigliani, les cols hauts, les manchettes allongées. Je pense que tout cela est l’influence asiatique. Puis, j’ai beaucoup travaillé dans des pays d’Asie, c’est à Séoul, en Corée, que j’ai appris le manga, avoir douze ans dans ma tête, manger sans savoir ce que c’est… C’est une expérience fantastique. À la demande de la Fédération de la Haute Couture, j’ai été proposé pour défiler à la Fashion Week de Singapour. On a réussi à developer une bonne clientèle là-bas, il y a un vrai potentiel.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’avant le talent et le succès viennent aussi les propositions, avez-vous déjà été approché par des grands groupes ?

Oui, mais je crois que pour l’instant c’est encore trop tôt. Ma maison est une petite structure, mais j’ai envie de la développer, de créer de bonnes bases bien solides. Un vrai socle. Je n’ai pas du tout envie de faire partie de la machine qui ne pense qu’à faire du fric. Il est vrai que c’est difficile sans gros investisseurs, mais cela permet d’élaborer sa propre direction. Et si par la suite il y a des groupes qui seront d’accord d’épouser cette direction – tant mieux ! En attendant, j’essaie de préserver mon indépendance.

Comment trouver le juste milieu entre la création, l’indépendance et le besoin des capitaux ?

Aujourd’hui le designer ne peut plus se permettre la pure folie artistique comme dans les années 80 ou 90. Il doit trouver l’équilibre entre sa vision créative, les tendances dans le style et dans le business, et l’état général du marché mondial. Il faut être au courant de tout ce qui se passe. Il faut savoir faire de bons choix, prenant en compte, et le côté création, et le côté business, et bien sûr les réalités du moment. Mais tout ça vient avec l’âge. Je vais vous dire : j’adore vieillir ! Plus j’avance dans l’âge, plus je prends du recul. Avant, je me souviens, je voulais tout en même temps : de la presse, de l’argent, du succès. Et puis, je me suis rendu compte que le vrai objectif n’est pas là. La presse, comme l’argent, c’est un moyen, et non pas une fin.

Quel est votre but aujourd’hui ?

Créer des emplois, réhabiliter le travail manuel et redorer les professions rares de la couture qui sont hélas en voie de disparition. Non seulement en France, mais dans le monde entier, les savoir-faire peuvent se perdre très rapidement, et c’est à nous de les préserver et de les faire perdurer. C’est ce que demande aussi la Fédération de la Haute Couture, d’où leur exigence d’avoir des ateliers à Paris. La vraie question qui se pose aujourd’hui c’est : qui va nous remplacer ? C’est pour ça que dans nos ateliers on forme les jeunes, tout en réfléchissant à des nouvelles façons de travailler.

Dans un de vos shows vous n’avez fait défiler que des mannequins de couleur, dans un autre – une femme enceinte. Il y avait-il un message, une vision particulière que souhaitiez partager ?

Vous savez, si j’ai embrassé la carrière de créateur de mode, ce n’est pas pour faire des « robasses » il y a ceux qui les font beaucoup mieux que moi. Je suis devenu créateur pour discuter, avoir un dialogue à travers chaque collection, mettre en lumière les choses importantes qui me touchent, me préoccupent et qui préoccupent également la société actuelle. J’aspire via ces messages, à tenter de faire évoluer un peu les mentalités. Il faut dire que ce n’est pas facile, on recule de temps en temps sur beaucoup de choses. Regardez ce qui se passe aujourd’hui : où est l’égalité pour laquelle on s’est tant battu ? Business et marketing sont devenus les valeurs principales. Et les artistes dans tout ça ? Que va-t-on faire sans poètes, sans peintres ni musiciens, si tout ne se résume qu’à une question d’argent ? À mon avis, ne pas se remettre en question à ce propos est une perspective très dangereuse.

Vous représentez la nouvelle génération de la création française. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour vous ?

Dans un sens, c’est une responsabilité. Pour tout ce qu’on a pour l’instant (travail manuel, artisanat, etc..) mais qui peut disparaître du jour au lendemain si l’on ne fait rien. C’est pour ça qu’on travaille beaucoup avec les jeunes, on essaie de parler leur langue car les codes ont aujourd’hui changé, il faut les réinventer. Le problème est que la plupart des jeunes créateurs veulent tout de suite devenir les Lagerfeld, les Gaultier, les Galliano, les Saint Laurent de demain, ils veulent la gloire sans se rendre compte que pour ça il faut d’abord bosser, bosser et bosser. Les success stories, c’est très joli, mais rien n’arrive comme ça, par hasard. Il faut du temps, de l’effort, de l’expérience. Malheureusement, le travail est devenu une notion démodée. On essaie de nous mettre dans la tête qu’il suffit de se retrouver dans un reality show, et le succès est assuré. Ce sont des bêtises, et j’essaie de l’expliquer aux jeunes.

Mais le fashion-system d’aujourd’hui a l’air d’avoir de plus en plus besoin des créateurs « superstars », les poussant en avant afin de les exposer devant les caméras ?

Oui, malheureusement c’est la vérité. Et il y en a qui se prennent à ce jeu et qui aiment ça. Pourquoi pas, c’est leur choix. Mais prenons Martin Margiela, il ne se montre pas en public, et pourtant ses collections on un succès monstre ! Ou alors Dries Van Noten, qui n’a jamais aimé non plus se mettre en avant. Sa maison s’épanouit ! Ce n’est donc pas une question d’être star ou de ne pas l’être mais de travail, de talent créatif. Quoi qu’en en dise, il ne faut pas prendre les gens pour des imbéciles, les clients ne se laissent pas toujours aveugler par les fards et les paillettes. En ce qui me concerne, ce n’est pas du tout mon truc. Je veux faire partie des créateurs « ancrés » dans la réalité. La réalité, je précise, et non pas dans la télé réalité. (Rires) Je suis quelqu’un de normal, de plutôt jovial, rigolo, j’aime voir mes amis, passer des soirées avec eux autour d’un bon repas, d’être en bonne et dans une bonne compagnie…

Ce qui veut dire qu’en backstage de vos défilés, on ne verra jamais de carré VIP ?

Surtout pas ! Ça, je peux vous le garantir ! (rires). À quoi ça sert de tenir les gens à l’écart ? Le contact est quelque chose de capital, quelque chose qui nous nourrit. Pour moi c’est très important de parler, de challenger les idées avec vous, de connaître votre avis, pour voir si ça vous touche. Parce que si ce que je fais ne vous touche pas, alors, je ne suis pas dans le coup, je fais mauvaise route. Ça veut dire que je suis déjà mort !

Si j’ai bien compris, l’avis de Suzy Menkes et d’autres experts a pour vous la même importance que l’avis de n’importe qui d’autre ?

Tous les avis comptent pour moi. Plus il y en a, mieux je vois ce qui allait et ce qui n’allait pas dans ma collection.

Et comment réagissez-vous à la critique ?

N’importe quelle critique est un moteur. Cela permet d’établir la marche à suivre. Parfois un journalistes mode peut me dire : J’aime bien ce que tu fais, Julien, mais cette fois-ci tu t’es un peu raté. Et alors ? Après tout, nous avons tous le droit à l’erreur ! On vous met une claque, et bien, on se relève et on repart ! Et puis, tous les avis sont différents, les gens s’appuient sur leur culture, leurs goûts. On a tous des goûts différents, et heureusement ! Par exemple, mon défilé avec les mannequins de couleur a provoqué beaucoup de polémique dans la presse et sur le web, ainsi que ma collection sur les femmes battues ou encore le défilé « Premier Extase ». Mais c’est tant mieux ! Et que ça continue ! Heureusement nous vivons dans un pays où chacun peut dire ce qu’il pense.

Dans le monde de la mode, considéré comme étant sans pitié et rempli de jalousie et de concurrence, comment faites-vous pour garder l’équilibre ?

Il faut courir le matin et boire moins de café ! (rires) Sinon, il faut savoir choisir son entourage, fréquenter et travailler avec ceux qui vous sont agréables et en qui vous avez confiance. Oublier ce que c’est que la concurrence et ne pas regarder ce que font les autres. Poursuivre son chemin. Chacun de nous a quelque chose à raconter, à partager. Sur la planète mode il y a de la place pour tout le monde et chacun peut y faire sa place !

Ira de Puiff & Indigo

  IMAGES SLIDE SUP 2bis

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